Le Journal

Des mots, entre deux pages.


Des réflexions sur la lecture, l'écriture et ce qu'elles peuvent nous apprendre de nous-mêmes — signées Kaëla.

Article 01

Les livres qui nous aident à traverser l'incertitude.


Livre ouvert près d'une fenêtre, lumière d'hiver

Il y a des périodes où rien n'est encore joué. Un projet en suspens, une relation qui change de forme, une décision qu'on repousse parce qu'on n'a pas encore les mots pour la nommer. L'incertitude n'est pas un problème à résoudre : c'est un état à traverser. Et c'est précisément là que la lecture devient une alliée inattendue.

Face à l'incertitude, notre premier réflexe est souvent de chercher des réponses : un plan, une méthode, une solution. Mais certains livres ne répondent pas — ils accompagnent. Un roman qui met en scène un personnage traversant lui aussi une zone grise, un recueil de poèmes qui donne forme à l'attente, un récit de voyage qui rappelle que l'on peut avancer sans savoir exactement où l'on va : ces textes ne dissipent pas le doute, ils nous apprennent à y tenir debout.

C'est tout le principe de la bibliothérapie créative : on ne cherche pas un livre qui « règle » une situation, mais un texte qui la reflète avec justesse, pour que la personne qui lit se sente moins seule dans ce qu'elle traverse. Reconnaître ses propres doutes dans les mots d'un personnage, c'est déjà commencer à les regarder autrement.

Concrètement, quels types de textes choisir dans une période d'incertitude ? Les récits initiatiques fonctionnent particulièrement bien : ils racontent un chemin, avec ses détours, ses fausses pistes, ses moments de doute — et surtout, ils racontent qu'on en sort transformé, pas malgré l'incertitude, mais grâce à elle. Les textes contemplatifs, eux, ralentissent le rythme intérieur : ils invitent à observer plutôt qu'à agir dans l'urgence, ce qui est souvent exactement ce dont on a besoin quand tout semble flou.

L'écriture, en complément de la lecture, joue ici un rôle précieux. Tenir un carnet pendant une période d'incertitude ne sert pas à trouver LA réponse, mais à cartographier ce que l'on ressent, jour après jour. On ne relit pas ces pages pour y chercher une décision toute faite : on les relit pour constater le chemin parcouru, pour voir que ce qui semblait insurmontable a, doucement, commencé à se clarifier.

Dans la box Acte I — Tourner la page, nous avons pensé les textes justement pour ce moment de bascule : des lectures cathartiques pour déposer ce qui pèse, et une consigne d'écriture simple pour accueillir, sans les forcer, les premières clartés qui arrivent. Parce qu'on ne traverse jamais mieux l'incertitude qu'accompagné·e d'un bon livre — et d'un carnet ouvert.

Article 02

Prendre soin de soi par les mots.


Carnet et stylo posés sur une table en bois, tasse de thé

On associe souvent le « prendre soin de soi » à des gestes très concrets : un bain chaud, une promenade, une soirée sans écran. Ces rituels ont leur valeur. Mais il existe une autre forme de soin, plus discrète, qui passe par les mots : ceux que l'on lit, et ceux que l'on écrit.

Lire, dans cette perspective, n'est pas un simple loisir. C'est un acte d'attention envers soi-même : choisir un texte qui résonne avec ce que l'on traverse, c'est déjà se dire que ce que l'on ressent mérite d'être accompagné, éclairé, mis en mots par quelqu'un d'autre qui est passé par là avant nous. Un poème qui décrit exactement la fatigue que l'on porte, un roman dont l'héroïne apprend, page après page, à poser des limites : ces lectures fonctionnent comme des mains tendues.

L'écriture va plus loin encore. Écrire pour soi, sans souci de style ni de destinataire, permet de sortir une émotion de sa tête pour la poser sur le papier — où elle devient plus facile à observer, à comprendre, parfois même à apaiser. C'est ce que l'on appelle l'effet cathartique de l'écriture : le simple fait de mettre des mots sur ce qui nous traverse en diminue souvent l'intensité.

Dans nos box, chaque consigne d'écriture est pensée pour être accessible, même à celles et ceux qui n'ont jamais tenu de journal intime. Pas de page blanche intimidante : une question précise, une amorce de phrase, un petit rituel — écrire sur un morceau de papier ce que l'on souhaite laisser derrière soi, par exemple, avant de le glisser dans une fiole. Le geste physique ancre l'intention ; il transforme une pensée fugace en décision presque tangible.

Prendre soin de soi par les mots, ce n'est donc pas réservé aux grandes plumes ni aux lecteurs assidus. C'est une pratique à la portée de tous, qui demande seulement un peu de régularité et un espace protégé : dix minutes, un carnet, et la permission de s'accorder cette attention. Nos box sont conçues comme des invitations à ce geste simple — retrouver, par la lecture et l'écriture, un peu de la douceur que l'on s'accorde trop rarement.

Article 03

Rituels de lecture : créer son sanctuaire.


Coin lecture cosy avec bougie allumée et couverture

Lire n'est jamais tout à fait le même acte selon l'endroit où l'on s'installe, la lumière qui nous entoure, le temps que l'on s'autorise à y consacrer. On peut lire debout dans un couloir de métro, en attendant que le temps passe. On peut aussi lire comme on entre dans un sanctuaire : avec intention, avec lenteur, en ayant préparé l'espace pour accueillir le texte pleinement. C'est cette seconde manière de lire que nous cherchons à cultiver chez Catharsis.

Créer son sanctuaire de lecture ne demande ni grande pièce ni budget conséquent. Il s'agit surtout d'un geste répété, qui signale à notre esprit : « maintenant, c'est le temps de la lecture ». Cela peut être un coin de canapé toujours le même, une lumière tamisée allumée pour l'occasion, une bougie que l'on n'utilise que pour ces moments-là. La régularité du geste compte plus que le décor : c'est elle qui, avec le temps, transforme un simple coin de pièce en refuge.

Le rituel peut aussi passer par les sens. Une tisane infusée lentement, une passoire à thé que l'on prend le temps de manipuler, une odeur familière — de bougie, de papier, de bois — deviennent des signaux sensoriels qui annoncent la parenthèse à venir. Le corps comprend, souvent avant l'esprit, qu'il est temps de ralentir.

Le sceau de cire que l'on retrouve sur nos box n'est pas qu'un détail esthétique : c'est la première marche du rituel. Soulever la cire, ouvrir l'enveloppe, découvrir la lettre de bienvenue — chacun de ces gestes prépare à la lecture qui suit, comme un seuil que l'on franchit consciemment. On n'entre pas dans une lecture cathartique de la même façon qu'on ouvre un livre pris au hasard sur une étagère.

Créer son sanctuaire, c'est enfin s'autoriser à protéger ce temps : couper les notifications, prévenir que l'on n'est pas disponible, accepter que vingt minutes de lecture ininterrompue ne sont pas un luxe mais une nécessité. Ce sanctuaire n'a pas besoin d'être grand ni permanent : il suffit qu'il soit à vous, et qu'il revienne, régulièrement, comme un lieu où l'on sait que l'on peut déposer ce que l'on porte.

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